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Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 12:00

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Rappelez-vous : un générique angoissant (et culte), des jumelles massacrées dans un couloir, un ascenseur déversant des litres et des litres de sang, la chambre 237 et sa femme nue dans la baignoire, Wendy découvrant des dizaines et des dizaines de pages identiques tapées à la machine, Jack Nicholson détruisant une porte à coups de hache et Shelley Duvall qui hurle à la mort, les yeux exorbités par l’effroi… Rappelez-vous, c’était Shining, c’était en 1980, nous étions jeunes et nous étions beaux. Classique du classique de la terreur, le film de Stanley Kubrick suscita, sur le tard, nombre de conjectures et d’interrogations qui, aujourd’hui encore, conservent leur part de mystère. Le documentaire de Rodney Ascher revient sur ce chef-d’œuvre inusable et laisse la parole à cinq mordus du film rencontrés à travers le monde.

Un journaliste, un historien et trois auteurs (de théâtre, de musique, de cinéma…) exposent chacun différentes théories établies au fil des années et de visions sans cesse renouvelées. Quels incroyables et nouveaux secrets pourrait donc renfermer Shining ? Si les idées et les thèses avancées sont, pour la plupart, pas mal fumeuses, voire pas mal débiles (la moustache de Hitler, l’érection avec le porte-papier, le Minotaure sur l’affiche, le visage de Kubrick dans les nuages lors du générique…), cette relecture maniaco-bornée reste plus ou moins intéressante par son côté jusqu’au-boutiste et sa croyance inébranlable dans des arguments parfois irrecevables.

Certaines explications tiennent davantage de la masturbation intellectuelle de fans acharnés quand d’autres sont un poil exagérées, mais plausibles : Kubrick, démiurge insatiable, parlerait de l’Holocauste (sujet auquel il voulu se confronter avec son Aryan papers avorté), ou même du massacre des Indiens, ou ferait son mea culpa parce qu’il participa (mais personne n’en est vraiment sûr) à la réalisation du faux alunissage d’Apollo 11. Qu’importe les faits : dans son ensemble, Room 237 développe un peu trop d’hypothèses qui ont du mal à être prises au sérieux. On aurait préféré une analyse plus rigoureuse, plus tenue, plus fouillée, une analyse capable de porter l’énigme Shining au-delà du simple bavardage de salon (voir l’entretien d’un des participants avec son bébé qui se met soudain à brailler en arrière-fond sonore et qui s’excuse parce qu’il doit aller s’en occuper : bonjour la crédibilité).

D’autres en revanche passionnent carrément : projection du film en avant et en arrière en superposant les deux pellicules pour donner des images étranges et inquiétantes, révélant ainsi de troublantes correspondances entre les plans, tentative d’élaborer un schéma précis de l’hôtel Overlook pour s’apercevoir qu’il y a des trucs qui clochent, des trucs pas possibles dans son architecture labyrinthique… Il y a aussi des faux raccords (oui, même Kubrick faisait de faux raccords) qui laissent perplexe : inattention technique ou intention volontaire du réalisateur de signifier quelque chose, de vouloir perturber la compréhension du spectateur ? Roublard et effarant, ce documentaire aux allures de production fauchée à au moins le mérite, à défaut de convaincre totalement, de nous replonger dans l’œuvre monumentale d’un des metteurs en scène les plus géniaux de l’histoire du cinéma.

 

Stanley Kubrick sur SEUIL CRITIQUE(S) : 2001 : L'odyssée de l'epaceOrange mécanique.

 

3 étoiles

Par mymp - Publié dans : Films - Communauté : Webzine cinéma
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Vendredi 14 juin 2013 5 14 /06 /Juin /2013 12:00

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On va dégager direct les détails graveleux qui ont fait jaser (à Cannes) et qui font jaser encore (chez les Mormons à Versailles et à Saint-Cloud) pour pouvoir se concentrer sur le fond : oui il y a une éjac, oui il y a une fellation, oui il y a de la bite, oui il y a des garçons qui se roulent des pelles, des garçons qui se sucent et qui s’enculent. Un peu normal en même temps, parce que le nouveau film d’Alain Guiraudie se déroule exclusivement sur un lieu de drague homo (une plage naturiste autour d’un lac aux eaux claires) où Franck rencontre Michel, un jour. Et puis un soir, Franck surprend Michel tuer son amant en le noyant dans les flots. Plus tard, on s’interroge quand son cadavre est découvert : accident regrettable ou bien… un meurtre ?

Où serait-ce, peut-être, le silure de cinq mètres de long qui traîne au fond du lac ? Parce que oui, ça peut exister un silure de cinq mètres, on n’en a jamais vu, mais ça peut exister. Un micro-suspens s’installe alors : Michel sait-il que Franck sait ? Et Franck, éperdument attiré par cet homme étrange (au look d’acteur porno gay des années 70 échappé d’une production Colt Studio) dont il devient le nouvel amant, le dénoncera-t-il au commissaire qui rôde alentour et questionne ces messieurs venus bronzer et baiser, "consommer" du mâle ? Et qu’attend Henri, que guette-t-il lui, cet homme seul et triste qui passe ses journées à contempler le lac, le regard braqué au loin ?

Guiraudie bien sûr joue la carte du thriller ensoleillé, à deux à l’heure, tout en ne se privant jamais de filmer les corps, beaux ou moins beaux, plus replets, qui s’étreignent, qui s’aiment (un peu) dans les fourrés et les herbes hautes. Un thriller le cul à l’air, sans complexe ; pas une pornographie froide, mais évidente, exultée (et tant pis pour les pisse-froid). Au rythme tranquille de gestes ritualisés (garer sa voiture, aller à la plage, étendre sa serviette, se dévêtir…) et d’après-midis qui s’égrènent (le film prend son temps, baguenaude, quitte à ne pas happer tout de suite, à ennuyer gentiment), le désir et le danger s’entremêlent, les sentiments et la mort (et la vie aussi) s’entrechoquent.

Guiraudie, entre baignades et sodomies, paradis et enfer, invoque le plaisir, la puissance de jouir au-delà de la menace (Michel) et du trépas (la dépouille dans l’eau). Sa plage de galets, comme à l’écart du monde, devient un lieu-symbole où la passion (et le sexe) s’inscrit comme une nécessité qui aurait oblitéré toute logique, tout raisonnement, au profit d’un hédonisme vital plus fort que la solitude. Le film se termine dans une quasi-obscurité et par une dernière supplique trahissant une envie d’amour par-dessus tout, perdue, sans écho, parmi les ténèbres qui engloutissent alors l’écran, noires comme l’incertitude.

 

3 étoiles et demi

Par mymp - Publié dans : Films - Communauté : Cinéma
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Lundi 10 juin 2013 1 10 /06 /Juin /2013 12:00

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Des gens tristes, partout, derrière les rires et les contorsions et la musique techno qui pulse, qui gronde. Et puis il y a Jep Gambardella, journaliste dandy et écrivain frustré, auteur d’un livre de jeunesse (L’appareil humain) qui fut encensé, et même récompensé d’un illustre prix. Dans une Rome enivrante comme une prison dorée (Rome, ville fermée), Jep déambule de fêtes débridées en soirées mondaines, et de soirées mondaines en journées monotones, témoin et acteur d’une irrémédiable décadence. Décadence d’une société romaine qui fut pourtant d’une telle richesse (Rome, ville musée), réduite aujourd’hui à des visages grimaçants et botoxés, des freaks, des corps fatigués, usés, rompus.

 

À de l’art qui s’est banalisé, qui ne veut plus rien dire (la femme qui se jette contre un mur, l’éditeur qui écrit une pièce de théâtre minable, la petite fille en pleurs qu’on fait peindre de force pour quelques millions…) et des propos vains, futiles, en l’air tout le temps. On s’amuse, croit-on. On pérore. On vit. Parmi les palais et les sculptures, les fontaines et les peintures d’antan (et qui n’ont plus de grâce que les souvenirs émus, les visions sans cesse émerveillées, égarés dans une culture du vide, berlusconienne), au milieu des girafes, des flamants roses et d’énormes ours en peluche, Jep cherche à redonner du sens à sa vie, à retrouver la beauté des jours, essence à sa frêle créativité.

Et si cette grande beauté, celle du titre justement, c’était cet amour de jeunesse qui se rappelle à lui, cette Elisa qui, alors qu’ils avaient à peine vingt ans, lui montra ses seins par une nuit très claire, près du phare ? Ou serait-ce Fanny Ardant, croisée un soir dans la rue ? La charge est parfois ostensible, tapageuse, mais jamais indigeste parce que Jep (et Paolo Sorrentino, de fait) ne condamne pas, mais accepte l’âcre fatalité d’une splendeur passée et d’un néant existentiel, sans limite ; voir par exemple la scène, cruelle, de sa violente diatribe contre une amie ("Tu as 53 ans et une vie dévastée, comme nous tous. Alors au lieu de nous faire la morale et de nous regarder avec mépris, tu devrais le faire avec affection. Nous sommes tous au bord du gouffre").

Fantasque, foisonnant, épuisant, La grande bellezza est un film qui sent la mort (décelée dans le visage de sœur Maria, masque mortuaire édenté et inquiétant, ou dans la figure d’Andrea, jeune homme dépressif dont la vision du corps peint en rouge évoque un serviteur de l’enfer), exhale la lente décrépitude des êtres et des choses. Peu de jeunes dans le film, mais une sainte centenaire, de vieux démons, des reliques, des ruines, des sexagénaires flapis, emblèmes d’une bourgeoisie intellectuelle qui s’ennuie, qui s’encanaille et qui fanfaronne. Qui rêve, le nez dans la poudre, de gloire, de passion et de mer bleue au plafond.

 

On a vu du Fellini, beaucoup, dans La grande bellezza (il y en a, certes, dans ces personnages hauts en couleurs et ces effets parfois débridés), mais c’est du côté de Céline (cité en exergue du film) et de Visconti que le film pourrait le plus se rapprocher quand Sorrentino (dont la mise en scène est endiablée, raffinée, insatiable) montre l’échec des illusions, la rumination amère du présent, la fin d’un règne à force de lendemains de javas solitaires et d’attitudes névrotiques (tous les personnages ont un grain, de ce voisin énigmatique à cette Éminence qui ne parle que de préparations culinaires). Derrière le glacis des apparences, la pourriture des rapports humains, l’éclat du désespoir de vivre, laid et grotesque dans ce déferlement de bling bling que Jep (formidable Toni Servillo) traverse avec panache, puisqu’il ne reste que cela (et le doux regard de celle qu’on a aimé).

 

3 étoiles et demi

Par mymp - Publié dans : Films - Communauté : 1 article = 1 film
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Mercredi 5 juin 2013 3 05 /06 /Juin /2013 12:00

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C’est vraiment pas sa journée, à Niko. Dès le réveil, il rompt avec sa copine qui ressemble à Jean Seberg (mais en brune) dans À bout de souffle, le psychologue le prend de haut et refuse de lui redonner son permis de conduire (Niko a connu plusieurs états d’ébriété, ça ne pardonne pas), sa carte bleue est avalée, le café est trop cher, le voisin du dessus est sans gêne et casse-pieds, son père le prend de haut aussi et le met face à ses responsabilités… Ce pourrait être l’histoire d’un type pour qui rien ne va aujourd’hui et qui veut juste un bordel de putain de café, mais qui n’y arrive pas. Un type confronté à l’immobilité de sa vie, sans parvenir à saisir, à comprendre d’où vient le problème (lui !), en tout cas sans parvenir à y remédier enfin.

On pense aux glorieux débuts et aux périodes fastes de Woody Allen ou de Jim Jarmusch (beau noir et blanc, musique jazzy somptueuse et entêtante, héros largué, humour pince-sans-rire, ironie désabusée…), mais Oh boy sait s’affranchir très vite de ces encombrants modèles. On pense aussi à la Nouvelle Vague avec un tournage qui paraît avoir été fait au hasard, d’abord par envie, par bravade, en fonction des événements qui se présentent (une sorte de brise naïve et de douce liberté soufflent constamment sur le film), et puis à Oslo, 31 août avec ce jeune héros qui ne sait pas quoi faire de sa vie, errant dans un Berlin amoureusement filmé par Jan Ole Gerster comme l’était Oslo par Joachim Trier.

La fantaisie d’Oh boy, pétillante, toujours précise (le film dure à peine une heure et demi), vient se nicher dans de multiples détails, burlesques, cocasses parfois, un peu bizarres également (la photo sur le bureau du psy, le voisin dépressif avec ses boulettes de viande suspectes, l’assistant du père, les deux contrôleurs du métro, le café impossible à avoir…), et qui permettent à Gerster de ne pas noircir ni d’appuyer la déroute existentielle de ce garçon en bute contre son destin et bien incapable de le maîtriser (trop oisif, trop indécis, trop éternel adolescent, trop dépendant des autres), destin qui, en écho, vient se rappeler à celui d’un pays pas encore en paix avec son sinistre passé (la rencontre avec le vieil homme dans le bar qui se remémore la Nuit de Cristal).

Oh boy préfère l’insouciance à l’application, la légèreté de ton aux grands discours et aux grandes intentions. On pourra maugréer, râler pour la forme, s’en attrister éventuellement, et passer à côté de ce petit plaisir qui sait si bien, et avec tendresse, capter cet air du temps où tout semble confus, incertain. Portrait drôle, et même émouvant, d’un enfant du nouveau siècle (Tom Schilling est parfait en bobo déboussolé, en "loup solitaire" cherchant sa voie), sans repère et sans envie, pas mal à l’ouest, s’achevant par un plan magnifique, à l’aube à peine frémissante, qui ne prétend ni conclure l’histoire, ni lui donner un sens quelconque, plus réducteur. Un plan apaisé, simple et tendu vers l’inconnu, à l’image de ce film savoureux, plein de fraîcheur, furieusement indépendant et joliment mélancolique à la fin.

 

4 étoiles

Par mymp - Publié dans : Films - Communauté : Webzine cinéma
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Vendredi 31 mai 2013 5 31 /05 /Mai /2013 12:00

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Gosling / Winding Refn, le retour de la revanche. Il fallait, surtout pour le réalisateur danois, sacrément bien rebondir après le succès critique et public de Drive qui, désormais, l’a propulsé super haut dans la catégorie des metteurs en scène super hype avec ce que cela comporte de super revers et de super désagréments. Ils étaient nombreux à l’attendre au tournant, son nouveau joujou branché coloré, prêts à ne pas le rater, à l’encenser encore plus ou à le désavouer finalement (ça n’a pas loupé), comme une histoire d’amour qui se terminerait mal. Et la décision, quasi suicidaire, de présenter Only God forgives à Cannes, jamais tendre avec les réalisateurs qui se la pètent, jouent au petit malin ou se vautrent sur le tapis rouge, venait faire trembler les cœurs de midinette des fans les plus hardcore.

 

On dirait presque (carrément ?) du manga filmé en chair et en os et en sang, par hectolitres. Plus proche du côté expérimental et contemplatif de Valhalla rising que du down tempo à la cool de Drive (auquel on a très rapidement, trop rapidement, voulu le comparer), Only God forgives balance par dessus bord son scénario tout rabougri pour n’offrir qu’un amas de sensations fait de cris et de peu de mots, de ralentis sublimes, de karaokés ringards et d’envolées lynchiennes (couloirs rouges et sans fin à la Twin Peaks, mère blonde et furieuse à la Sailor et Lula, songe fabuleux à la Mulholland Drive, mélodies à la Badalamenti…). C’est un cauchemar où tout semble ne pas avancer, se répéter à l’envi, s’enliser à dessein : l’histoire, le rythme de chaque scène, les personnages qui restent, le plus souvent, immobiles, ou prenant la pose, simplement beaux, figés dans l’attente de quoi ?

Il en résulte un sentiment de pur coma cinématographique parfois grisant, parfois éreintant, un trou noir, de l’antimatière. Winding Refn contracte (et davantage que dans Valhalla rising, déjà costaud à ce niveau-là) sa forme et son intrigue. Only God forgives est un objet conceptuel qui aurait largué toutes envies de normalité et toutes envies de faire plaisir (résultat : le film se fait descendre de partout), une chose bizarre qui paraît linéaire, mais déstructurée, labyrinthique. Un dédale fait de couloirs ornés chamarrés et de visions gore affolantes, au milieu duquel se niche la clé d’un rêve brutal (You’re my dream) où on arpenterait quelques voies impénétrables (celles des mythes, celles de la vengeance, celles de Dieu ou celles du diable), réglerait ses comptes et solderait ses vieux démons œdipiens. Fuir le giron d’une maman infernale, folle incestueuse, et retourner, retrouver la douceur chaude et amniotique du ventre maternel, littéralement.

Mais Winding Refn, hyper confiant dans son délire personnel, sa grammaire esthétique et son refus de psychologie, aborde l’éventualité d’un cinéma débarrassé de tout avec trop de limites (récit en bordel, acteurs désincarnés) et pas assez de misanthropie. Dans ce genre d’entreprise plus casse-gueule tu meurs, il faut pouvoir aller jusqu’au bout du bout, jusqu’en enfer, jusqu’à l’impudence d’un majeur tendu, d’un crachat et d’un coup de boule. Only God forgives a trop de style et de manières pour prétendre jouer dans la cour des grandes œuvres radicales. On n’est pas loin du geste artistique idéal, abstrait et définitif (Jodorowsky en figure tutélaire, cité avec amour en générique de fin), mais juste pas loin. On est à côté.

 

Mais quand même, oui quand même : Only God forgives a de l’allure. Son Bangkok néo fluo (superbe photographie de Larry Smith), qui rappelle le Tokyo bariolé d’Enter the void, ressemble à un espace mental, un décor de discothèque géante où chacun se perd dans l’obscurité, sous les rayons coupants des néons et les synthés de Cliff Martinez. Gosling déguste, anti-héros dévirilisé, petite bite, pathétique, impuissant, mais toujours classe. Exit le blouson doré et le mec style à qui on l’a fait pas, ici il donne dans l’incertitude, dans la masse de chair tuméfiée. Face à lui, Kristin Scott Thomas s’amuse et sort le grand jeu en Médée vorace, avide de culturistes en jockstrap. Ce n’est pas un film, ce n’est pas vraiment du cinéma, ce n’est pas Drive 2 non plus. C’est du bad trip phosphorescent.

 

Nicolas Winding Refn sur SEUIL CRITIQUE(S) : BronsonValhalla risingDrive.

 

3 étoiles et demi

Par mymp - Publié dans : Films - Communauté : Cinéma
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Lundi 27 mai 2013 1 27 /05 /Mai /2013 12:00

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La Lituanie ne s’est jamais vraiment imposée en termes cinématographiques, et si Sharunas Bartas (qui, d’ailleurs, joue dans le film) a su porter, au milieu des années 90, sa chétive production sur le devant de la scène internationale (en particulier grâce à Corridor, Few of us et le sublime The house), ce ne fut, hélas, qu’un bref et lumineux éclat dans les Élysées du septième art. Kristina Buozyte, jeune réalisatrice de deux thrillers passés complètement inaperçus il y a peu (Kolekcioniere en 2008 et Park ’79 en 2009), pourrait bien corriger cette tendance (au moins pour un temps) avec cet étrange Vanishing waves récompensé du Méliès d’or en 2012.

Reprenant thèmes et inspirations d’Au-delà du réel de Ken Russell, de The cell de Tarsem Singh ou même de La jetée de Chris Marker, le film raconte l’odyssée mentale de Lukas, jeune scientifique participant à une expérience neurologique qui vise à explorer l’esprit d’une femme dans le coma avec, comme frêle et ardent espoir, de la ramener parmi le monde des vivants. Esthétiquement, le film est une réussite (Buozyte a un vrai sens du cadre et de la direction artistique), du moins dans ses parties "inconscientes" quand Lukas parcourt la psyché d’Aurora, terra incognita tumultueuse et incertaine qui garde en elle les secrets de sa disparition d’ici.

Avec un budget limité, Buozyte est parvenue à inventer un univers fantasmatique concret et cohérent faisant la part belle aux éléments (eau, bois, soleil…) et aux matières brutes (chair, sable, sang…) dans lesquels se devinent l’écho et les traces d’une existence passée. Plusieurs scènes sont magnifiques et visuellement stimulantes, tel ce soleil rouge qui palpite dans l’horizon, pareil à un iris enflammé, telle cette maison en bois sur la plage qui semble se désagréger, se décomposer en lambeaux comme une sculpture éphémère d’Andy Goldsworthy ou de Tadashi Kawamata, ou telle encore cette orgie dans le noir où les corps finissent par s’amalgamer.

Dommage néanmoins que Buozyte cherche à tant expliciter les choses, à tant vouloir les démêler, comme si elle prenait peur soudain, peur d’égarer le spectateur, peur de s’empêtrer elle-même, offrant de trop nombreux points d’entrée et de sortie à sa singulière rêverie alors qu’il eut été préférable, et plus passionnant aussi, de s’y perdre et de s’y résigner complètement sans avoir, d’emblée, toutes les clés à sa disposition (à la manière de Mulholland Drive). Dès qu’il revient à la réalité, dès qu’il s’extraie des abysses de l’imaginaire, Vanishing waves abandonne à la normalité un peu de son pouvoir de fascination. L’intensité de son histoire d’amour (celui de toute une vie), en résistance aux entrelacs de l’âme, suffisait à pleinement convaincre sans devoir y apporter des considérations scientifiques (et psychologiques) de bazar. Exprimer plutôt que révéler : c’était une perspective tentante que Buozyte n’a pourtant envisagé qu’à demi-mot.

 

3 étoiles

Par mymp - Publié dans : Films - Communauté : Webzine cinéma
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Mercredi 22 mai 2013 3 22 /05 /Mai /2013 12:00

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Asghar Farhadi est venu en France tourner son nouveau film où, pareil à Une séparation, tout commence par une demande de divorce. Celui de Marie et Ahmad qui, après plusieurs années de vie commune et autant d’éloignement (Ahmad est reparti vivre à Téhéran), décident enfin de statuer, officiellement, leur désunion. Gravite, autour de Marie, ses deux filles qu’elle a eut d’un premier mari, et puis aussi son nouveau futur mari, Samir, dont elle attend un bébé ; Samir a un petit garçon et sa femme est à l’hôpital dans le coma depuis presque un an après une tentative de suicide, ce qui semble pas mal travailler et tirailler Lucie, une des filles de Marie… Tout se met en place pour un pot-pourri d’amertume et une valse des non-dits où chacun va mentir et promettre, se mentir et se promettre, puis re-mentir pour re-promettre. Chabada-bada.

 

Chacun croit puis ne croit plus, tergiverse puis ne comprends pas, les certitudes s’effritent, les masques tombent, les voix s’élèvent, il pleut et Ahmad n’a pas de parapluie. De rancunes en silences, de trop de secrets en beaucoup trop de révélations, on finit, un, par ne plus y croire, deux, par ne plus estimer ni ressentir la dimension émotionnelle du film, davantage occupé à ciseler sa mécanique scénaristique avec multiples chausse-trapes qui, à la longue, deviennent ostensiblement voyantes, puis artificielles. On en perd son latin et le sens du film, on en ignore son trouble et ses vertiges, on doute même de sa sincérité, soudain.

Le drame humain qu’échafaude Farhadi se dilue dans un dispositif marqué qui annihile sa justesse, sa portée sociale et son action béhavioriste sur ce qu’il a dire de nos erreurs et de nos petitesses, de nos jugements mis à mal. Il y a même un côté volontairement plombé qui agace à la fin, avec ces acteurs qui ne font que tirer la tronche pendant plus de deux heures. Du coup, le jeu de Bérénice Bejo et de Tahar Rahim fait quelque peu crispé, engoncé dans un fatalisme grégaire et un état dépressif constant qui, à force, n’a plus grand-chose de crédible (le pompon du pompon à Lucie, l’adolescente cafardeuse, avec cernes sous les yeux, teint grisâtre, voix cassée et pas un sourire).

À un moment, on a envie de leur hurler, à tous ces gens tristes et blafards qui paraissent se complaire dans leur petit marasme existentiel, "Mais bougez-vous les fesses ! Gueulez un bon coup et réglez vos problèmes une bonne fois pour toutes !". Seul Ali Mosaffa, dans le rôle d’Ahmad, parvient à apporter subtilité et présence magnétique à un personnage plus en nuances. Alors OK, Le passé se suit avec intérêt et sans ennui parce que le scénario sait ménager plusieurs zones d’ombre (un poignet foulé, une tache sur une robe…) et questions sans réponse (qui a envoyé les mails ? Pourquoi Ahmad a fait une dépression ?…) qui sont les enjeux les plus intéressants du film quand on les compare, ô malheur, à la lourde logistique du reste souhaitant surprendre, duper, égarer le spectateur dans un jeu de la vérité XXL sans fièvre ni affects ; goût du twist et étude psychologique ne font pas toujours bon ménage, la preuve.

 

On passera aussi sur une symbolique ni claironnée ni appuyée, mais pataude, gentiment évidente ; par exemple cette première scène à travers la vitre où Marie et Ahmad tentent de communiquer sans se comprendre (en gros, tout le sous-texte du film), ou encore Marie et Samir qui vivent dans un pavillon de banlieue à moitié en chantier (comme leur vie) au fond d’une impasse (comme leur vie) où des trains passent et repassent (comme leurs sentiments) au loin vers l’inconnu (comme leur avenir). Farhadi a tenté de réitérer le succès d’Une séparation en copiant-collant (et en multipliant par dix) ses qualités narratives et structurelles pour en faire finalement un ersatz prétentieux qui donne surtout l’impression, dans sa posture auteurisante, de courir après la gloire du cinéaste parvenu (une palme sinon rien), le consensus critique (Télérama, Télé 7 jours et Les Inrocks au garde-à-vous), la reconnaissance publique (refaire le coup du million) et le cul de la crémière (Bejo a chaud).

 

Asghar Farhadi sur SEUIL CRITIQUE(S) : Une séparation.

 

2 étoiles

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Vendredi 17 mai 2013 5 17 /05 /Mai /2013 12:00

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Présenté l’année dernière à Cannes, le quatrième long-métrage de Carlos Reygadas a connu les glorieux honneurs de la disgrâce, sifflé, rejeté, bafoué, étrillé sans ménagement par une presse internationale particulièrement remontée (ce qui n’a pas empêché le film de repartir avec le prix de la mise en scène, largement justifié). Certes, Post tenebras lux est parfois agaçant, souvent inégal, toujours déroutant, mais il ne méritait pas une telle volée de bois vert par une critique sanguinaire qui, à l’arrache, n’aura retenu que les scènes choc (un diable rouge luminescent, un chien violemment battu, une partouze échangiste dans un sauna, une auto-décapitation à mains nues…) sans appréhender l’ensemble de sa démarche et de son dispositif.

Japón, Bataille dans le ciel et Lumière silencieuse profitaient d’un arc de narration plus ou moins clair, cohérent, que Post tenebras lux abandonne en grande partie. Reygadas radicalise sa mise en forme et la structure de son récit pour faire de son film une sorte de collage ésotérique et expérimental de différentes scènes sans lien direct (et apparent), à la manière d’un Buñuel première époque (Un chien andalou et L’âge d’or) ou des cut-up de Burroughs. Si la trame principale évoque un couple aisé avec ses deux jeunes enfants face à la sourde hostilité du monde, Reygadas observe, en revers de ça, le chaos et les beautés d’une nature changeante (concrète, spirituelle, indicible, menaçante) dans un seul et même geste, dans une seule et même globalité (tentons l’épate : une même cosmogonie).

Reygadas a expliqué que Post tenebras lux rendait compte "des différentes perceptions de l’existence. On y trouve donc le présent, l’inconscient, les rêves, le souvenir, les images du futur et la conscience de ce qui nous entoure". Son film est donc cela : un songe éthéré par nuits d’orage, le sentiment d’une certitude qui se fragmente, qui s’est éparpillée, avec l’absence au bout (d’un mari, d’un père). Mais plutôt qu’essayer, à tout prix, de donner ou de trouver un sens à cette troublante introspection, œuvre ultra secrète, intime en profondeur (tournée dans la maison de Reygadas, tournée avec ses propres enfants, tournée avec des gens qu’il connaît, par lui et pour lui…), il faut d’abord se laisser couler, accepter de se noyer et s’abandonner, la tête ailleurs, aux multiples sensations que procure le film.

L’incroyable travail sur la lumière, les sons (bruts, décuplés, angoissants) et les cadres aux contours perdus, dédoublés (pour les scènes extérieures uniquement, là où l’espace se limite aux champs physiques de notre regard), participe à créer une atmosphère proche de la fugue, du trip hallucinatoire. C’est un cinéma complètement libre, fort, ensorcelant (les dix premières minutes sont sublimes), éreintant aussi, débarrassé de conventions et de contraintes, et qui, loin de n’être qu’un cinéma que l’on jugera, avec hâte, vain et poseur (en quoi serait-il poseur ? En quoi le serait-il autant que les expérimentations poussées d’Alexandre Sokourov, de Matthew Barney ou de Lars Von Trier ?), cherche surtout à se réinventer en proposant une exploration personnelle des réalités autour de nous. Entêtant.

 

De l’expérience sur SEUIL CRITIQUE(S) : Un lacAntichristEnter the voidTwo gates of sleepFaust.

 

3 étoiles et demi

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Lundi 13 mai 2013 1 13 /05 /Mai /2013 12:00

Mud

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Putain mais c’est quoi ce délire avec Jeff Nichols ? C’est quoi le truc, c'est quoi ce truc largement disproportionné ? Faudrait quand même se calmer à un moment parce qu’à lire partout que ses réalisations sont des chefs-d’œuvre de naturel et de simplicité, y’a quelque part comme un gros hiatus qui pue. Certes, Shotgun stories, Take shelter et Mud ne sont pas mauvais, mais ils sont carrément loin d’être des merveilles en puissance (qui se souviendra vraiment de ces films dans dix, voire dans cinq ans ?), surtout pour oser ensuite comparer Nichols à Steven Spielberg ou à Clint Eastwood (pour son prochain grand "sommet d’émotions et de lyrisme", ce sera Stanley Kubrick à n’en pas douter). Le problème de Mud, c’est qu’il n’arrive jamais à passionner, et pour le jeu de mots critique presse foireux, on va dire que le film patauge dans la boue du conformisme.

 

De fait, on brandit à tour de bras les termes "classique", "hommage" et "maturité" pour cacher la misère, misère d’un film avant tout ultra conventionnel. Le début ne convainc absolument pas. Non pas que la mise en place soit laborieuse ou le rythme mal géré, c’est seulement qu’on s’en fout parce que Nichols n’apporte aucun souffle ni aucun tumulte à son histoire, en plus de ne pas éviter certains clichés (le père sévère mais juste, le vieux briscard grognon de la CIA, les méchants stéréotypés, la fin pas crédible…). On s’en fout que les parents d’Ellis, le jeune héros de quatorze ans, s’engueulent et veulent divorcer, on s’en fout de ses premiers états d’âme amoureux, on s’en fout qu’il rencontre un type sur une île où il y a un bateau dans un arbre, et même on s’en fout de ce type (et le talent de Matthew McConaughey n’y change rien).

On s’en fout parce que c’est sans surprise et sans complexité, et parfois même un peu con ; exemple flagrant quand Mud, prévenu qu’Ellis est tombé dans un ruisseau infesté de serpents venimeux, fonce comme un malade pour le sauver mais prend le temps d’abord de récupérer sa chemise (?) et même de la boutonner (??). Récit d’aventures et d’apprentissage (on pense du coup à ces vrais classiques que sont La nuit du chasseur, Stand by me ou Un monde parfait), Mud évoque les désillusions de l’amour par le prisme de l’adolescence. Où qu’il se tourne, Ellis n’a que peines et regrets en point d’horizon : ses parents qui divorcent, May Pearl, sa soi-disant girlfriend, qui le rejette, Juniper qui rejette Mud, Mud qui n’affronte pas directement la rupture.

Comment dès lors appréhender ses sentiments, comment appréhender l’amour, sa beauté et son innocence ? Face aux premiers crève-cœurs et face aux dangers (Mud est traqué par la police et des chasseurs de prime), Ellis et son ami Neckbone naviguent ainsi sur les chemins hasardeux de l’âge adulte comme ils naviguent sur les flots du Mississippi. Entre chaque scène de dialogues ou de moteur à l’action, Nichols balance, de façon basique, très scolaire, deux ou trois plans de Dame Nature supposés faire sens avec soleil dans les arbres et vent dans les feuilles ; du coup ça ne rate pas, voilà monsieur comparé aussi à Terrence Malick par la Terre entière (mais sans l’aspect continûment sacré).

 

Avec sa mise en scène académique, limite plan-plan, et son intrigue au faux suspens balourd parvenant, dans son dernier tiers, a apporté un peu plus de consistance émotionnelle (Mud et Juniper s’observant de loin une dernière fois, Ellis qui craque et s’emporte contre Mud…), le film a au moins le mérite de confirmer la majesté de McConaughey qui explose à nouveau ces temps-ci (La défense LincolnKiller Joe ou le complètement bordélique Paperboy où il finissait le cul en l’air et la gueule en sang). Mud, film bateau (un comble), lui doit beaucoup, mais c’est finalement trop peu au regard de cette œuvre mollassonne qui aurait pu devenir une fable obscure (faire de Mud un personnage plus ambigu) et mystérieuse (accentuer davantage le caractère onirique du passage et de l’île) sur le crépuscule de l’enfance.

 

Jeff Nichols sur SEUIL CRITIQUE(S) : Take shelter.

 

2 étoiles

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Mercredi 8 mai 2013 3 08 /05 /Mai /2013 12:00

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Danny Boyle, à l’instar de son compatriote Michael Winterbottom, a touché à tous les genres avec plus ou moins de succès, du film de zombies à la science-fiction en passant par une relecture mélodramatique de Qui veut gagner des millions ? à la sauce Bollywood. Du coup, difficile de cerner les prétentions auteurisantes du bonhomme, et puis Boyle doit s’en contrefoutre de toute façon, lui qui filme pour le plaisir (du spectateur) et pour le fun (le sien). Inutile donc de chercher un sens à ce Trance, mais en savourer d’abord l’excitation, le goût du jeu, de la charade et de la devinette, à la manière d’un Memento ou d’un Usual suspects qui, débarrassés de leur dispositif cinématographique retors, ne racontent pas grand-chose de plus intéressant qu’ici.

Histoire de tableau volé et de malfrats sous hypnose, Trance est une sorte de MacGuffin moderne et pulsé, un exercice de style poussé jusqu’à ses limites (celles qui feront dire, à beaucoup, que le film n’est que vide et prétention). Le tableau à retrouver est un prétexte, une foutaise pour élaborer avant tout un rébus mental sur les apparences, la perception et la réminiscence ; et ce tableau (Le vol des sorcières de Goya) prend évidemment une dimension plus que symbolique par rapport à la construction du film avec ses deux niveaux de lecture qui se superposent, et on pourra même reconnaître Simon (le héros dont la mémoire flanche pas mal) dans cet homme voilé qui fuit et se dissimule, et Catherine (l’intrigante hypnothérapeute) dans ces trois sorcières dévorant un homme à l’agonie.

Un autre tableau, présenté en tout début de film, apporte lui aussi un indice à sa relative compréhension, celui de Tempête sur la mer de Galilée de Rembrandt où le peintre flamand apparaît dans sa propre composition, allusion à Simon qui découvre sa participation au vol et semble être le point central de toute cette pagaille. Mais comment en être sûr ? On est rapidement dépassé par les événements qui s’empilent et s’imbriquent en continu parce qu’on ne sait jamais si les protagonistes sont sous hypnose ou dans la réalité (mais à quel niveau ?), et qui manipule qui, qui trompe qui et qui soupçonne qui ; d’où l’achèvement d’une délicieuse spirale infernale qui nous mène de mensonges en vérités pour mieux les infirmer par la suite.

La résolution de l’énigme (pas très probante, et même décevante) est d’ailleurs moins importante que son tortueux cheminement et sa jouissive démonstration par l’excès. Excès de couleurs (superbe photographie d’Anthony Dod Mantle), de violence, de cadres hyper composés, de reflets, de miroirs, de vitres et d’acteurs qui s’amusent comme des fous (James McAvoy, Vincent Cassel et Rosario Dawson, parfaite en femme fatale amoureuse) ; dommage en revanche pour l’abus de musique qui finit franchement par abrutir. Trance propose une expérience visuelle immersive qui jamais ne relâche ses effets et ses efforts, et il faut, sans renâcler, accepter son côté roublard et ludique pour apprécier à l’envi ce puzzle tarabiscoté.

 

Danny Boyle sur SEUIL CRITIQUE(S) : La saga 28SunshineSlumdog millionaire127 heures.

 

3 étoiles et demi

Par mymp - Publié dans : Films - Communauté : Cinéma
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Vendredi 3 mai 2013 5 03 /05 /Mai /2013 12:00

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Deuxième volet de la trilogie Paradis d’Ulrich Seidl, Paradis : foi est sans doute le segment le moins aimable et le plus rêche du lot. Après Teresa dans Paradis : amour, voici donc Anna Maria, sa sœur parfaitement dissemblable. Quand l’une est ronde et blonde, avenante et sexuellement libérée, l’autre est brune et plus sèche, raide et bien-pensante. Quand Teresa profite de ses vacances pour aller s’oublier sur les plages du Kenya, Anna Maria, folle de Dieu, préfère prodiguer la parole du Seigneur en trimballant des statues de la Vierge Marie qu’elle laisse aux âmes, croit-elle, perdues. Car Anna Maria aime Jésus par-dessus tout, et sa foi, qu’elle pensait à ce point indéfectible, va finalement être mise à mal et à l’épreuve, jusqu’à la révocation.

 

Entre cilice qu’elle serre fort, coups de fouet généreux et repentir en se traînant à genoux dans toute la maison, c’est cette foi-là qui l’aveugle et la domine, exaltée, morbide, et c’est comme une dépendance, un envoûtement, une possession radicale (on n’est jamais loin de la pure névrose). Quand son mari musulman revient vivre chez elle après une absence qui ne sera jamais explicitée (sinon une vague histoire d’accident qui l’a laissé paraplégique et en chaise roulante) et réclame une vie de couple normale, c’est la guerre, et pas seulement celle des religions. Et aussi une souffrance pour Anna Maria qui voit en ce retour inopiné un message du Christ, celui du questionnement et du commandement de sa foi.

Cette confrontation acharnée, ce dialogue de sourds entre fanatisme d’un côté et rejet de l’autre, semblent épouser la forme d’une charge ou d’une problématique posée sur ces ferveurs qui deviennent extrémismes (Civitas m’était conté…) et dont Anna Maria (Maria Hofstätter, prodigieuse) serait une figure parmi tant d’autres, figure confrontée à diverses manifestations du Mal (croit-elle encore) qu’elle doit parvenir à endiguer : chat sifflant et poussant des râles effrayants, tempête soudaine, couple pécheur, orgie presque irréelle dans le parc (a-t-elle vraiment lieu ou Anna Maria se l’imagine-t-elle ?), mari tentateur ou jeune alcoolique ukrainienne (la scène avec cette dernière est suffocante de brutalité).

Anna Maria, tenante d’une vie pieuse et sereine, comme au paradis dans son pavillon de banlieue dont la cave (et l’on sait maintenant l’attachement des Autrichiens à leur cave…) sert de lieu de rassemblement à quelques dévots soucieux d’un nouvel ordre supérieur, va découvrir soudain l’enfer sous ses pieds, et l’enfer, c’est bien connu, n’a pas nécessairement besoin de flammes ou de bonnes intentions pour être parce que l’enfer, c’est l’autre (ou même la société autrichienne, aliénée et sclérosée, que les compatriotes de Siedl, Haneke et Jelinek en tête, ont eu à cœur de stigmatiser eux aussi). Et la fin qui vient comme un couperet, come un crachat à la gueule, achève de nous déstabiliser un peu plus encore, nous laissant indécis face à la déroute d’Anna Maria.

 

On ne comprend pas toujours où veut en venir Seidl en opposant, assez simplement, une ultra catholique à un musulman, et si sa mise en scène clinique, dépouillée (pas de psychologie, pas de sentiments, pas de cérémonie), opère une distance, une neutralité avec toute éventuelle théorisation pour nous laisser seul juge et observateur de cette lutte idéologique (puis physique), le propos paraît se dissoudre à notre réflexion par manque d’épaisseur, et même de subtilité parfois (voir la scène où Anna Maria se masturbe avec son énorme crucifix). Paradis : foi est un film asphyxié asphyxiant que vient refléter cette image d’Anna Maria confinée dans son amour pour Dieu et sa maison aux intérieurs tristes, chargés de croix et de breloques sacrées. Reste un film d’une force et d’une rigueur impressionnantes, un bloc de malaise, vivace longtemps.

 

Ulrich Seidl sur SEUIL CRITIQUE(S) : Paradis : amour, Paradis : espoir.

 

3 étoiles et demi

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Dimanche 28 avril 2013 7 28 /04 /Avr /2013 12:00

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L’enchevêtrement, hybride, du réalisateur sud-coréen Park Chan-wook, venu tourner là son premier film aux États-Unis, avec Nicole Kidman et Wentworth Miller (le Michael Scofield de Prison break) en apprenti scénariste faisait tressaillir beaucoup, et craindre d’autant aussi, de la seule éventualité d’un navet à l’effroi d’une curée qui verrait le metteur en scène d’Old boy désormais perdu, crucifié et discrédité (on tremble également pour Bong Joon-ho avec son prochain Transperceneige). Mais Park Chan-wook est un petit malin (en plus d’avoir un talent monstre), et il s’approprie entièrement cette histoire de funèbre secret familial et d’émancipation par le mal pour en faire davantage qu’un simple conte de fées pour adultes : une œuvre exquise sur la psyché féminine, secrètement maléfique et exsudant son venin à notre insu, longtemps après quand on est au calme, plus apaisé soudain.

 

Le scénario de Miller, en apparence, n’a rien de foncièrement original, mais il est beaucoup plus retors que cela avec ses faux airs d’idylle éthérée trimballant clichés et convenances délibérément établis. En douce, Stoker se construit par conjectures, par interrogations, par retranchements ; on suppose d’abord une histoire de fantômes (le père décédé), puis de vampires éventuellement, à un Lestat nouveau chic nouveau genre (l’oncle Charles, très pâle, voyage de par le monde malgré son jeune âge, semble lire dans les pensées, se déplace sans crier gare et offre du vin qui ressemble à du sang), puis autre chose après, pour finalement repartir ailleurs (au départ), et la scène finale, magnifique et terrifiante à la fois, vient saboter nos attentes en nous laissant cois.

Le film s’abandonne en entier aux délices et stupeurs d’une atmosphère onirique qui mélangerait la poésie douceâtre de Lewis Carroll aux toiles incantatoires d’Odilon Redon en passant par les manies d’Alfred Hitchcock (la maison inquiétante et son escalier signifiant qui rappellent Psychose ou Soupçons, les oiseaux empaillés de Norman Bates…). Park Chan-wook transcende chaque scène, et même la plus négligeable, et même la moins brillante, par son art du cadrage / décadrage, par le maniement des couleurs (pastels, fauves, contrastées…), les jeux de lumières et des ombres (la photographie de Chung-hoon Chung, collaborateur habituel de Park Chan-wook, est somptueuse), les décors hors d’âge, les mouvements de caméra, la posture des acteurs, leur physique délicat et fragile jusqu’à ce qu’ils rompent (Mia Wasikowska et Matthew Goode forment un couple fécond et sensuel).

Stoker est une fantaisie mortifère aux mille inspirations visuelles que l’on pourra trouver vaines, sans intérêt peut-être, prétentieuses même, alors qu’elles expriment, accentuent une étrangeté permanente distillant un tendre malaise jusque dans cette scène splendide où India Stoker se laisse emporter par un tourniquet, saisie au loin comme un ange qui s’exalte. Lolita tourmentée, fleur du mal qui, en cours d’arts plastiques, préfère dessiner les motifs intérieurs du vase plutôt que le vase lui-même, India est une jeune adolescente introvertie qui vient de perdre son père. Sa mère ne s’est jamais vraiment souciée d’elle, et l’arrivée de l’énigmatique et séduisant oncle Charles va cristalliser leur sourde inimitié et les désirs de chacun, embusqués, à l’affût toujours.

 

Emprunt d’un romantisme noir brillamment réinventé par les obsessions intimes et esthétiques de Park Chan-wook et échappant à une imagerie gothique flétrie, Stoker explore les sinuosités inquiétantes qui feront d’une frêle pucelle qui s’éveille une femme accomplie aux sombres pulsions, affranchie de la morale et de l’altération maternelle (évoquée dans cette figure freudienne de l’araignée, un peu facile certes, mais efficace, symbole de cette mère indifférente que l’on redoute, puis jalouse à la fin et abandonnée ici à ses amères ruminations). Le résultat, envoûtant et pervers à souhait, est à l’image de la rencontre initiale entre la paresse d’Hollywood et les fulgurances de l’Orient : complexe et insensé.

 

Park Chan-wook sur SEUIL CRITIQUE(S) : Thirst.

 

4 étoiles

Par mymp - Publié dans : Films - Communauté : Webzine cinéma
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Mercredi 24 avril 2013 3 24 /04 /Avr /2013 12:00

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Première chose : oser faire un remake d’Evil dead, parangon du film d’horreur à travers des décennies de cinéphilie mondiale, a tout d’une hérésie notoire, et celui-ci était attendu au tournant par des fans plutôt hostiles à l’affaire. Mais après les pillages de classiques tels que Massacre à la tronçonneuse, La colline a des yeux ou, plus récemment, Maniac, on est franchement plus à ça près, et puis il faudra bien s’y faire un jour, les studios ne sachant plus inventer ni surprendre et préférant profaner d’illustres sépultures (dernière en date : le Carrie de Brian De Palma). L’idée, c’est de pomper puis de palper, pas de révolutionner.

Deuxième chose : à revoir aujourd’hui le film culte de Sam Raimi, on se dit qu’il a quand même pris un petit coup de vieux (contrairement à d’autres indémodables du jadis d’avant d’il y a longtemps, de The thing à Vendredi 13 en passant par Alien), principalement dans ses effets spéciaux qu’on aura droit de trouver assez ringards ("Mais faut les replacer dans le contexte de son époque, connard"), ou alors rigolos pour être gentil. Troisième chose enfin : ici on en prend plein la gueule, ici on déguste grave et on aime carrément ça, pour peu qu’on soit amateur du genre. Les autres risquent juste de passer un sale quart d’heure et de ne plus jamais vouloir partir en week-end touze avec des potes.

C’est bien simple, on n’avait pas vu un tel carnage depuis… depuis quand en fait ? La menace fantômeThe tree of life ? Fede Alvarez (qui s’est fait connaître avec son très remarqué court-métrage Ataque de Pánico! diffusé sur YouTube en 2009), adoubé par Raimi et Bruce Campbell, a plus ou moins gommé l’aspect second degré et fun du Evil dead initial (il faut voir la mine ahurie des acteurs, Campbell en tête, face aux déchaînements gore des forces du Mal), jouant la carte d’une influence plus viscérale. Certains le regretteront peut-être et trouveront ce parti-pris trop marqué ou pas complètement nécessaire, altérant presque la nature même du Evil dead de Raimi.

Cutter, machette, machine à clous, couteau électrique et, bien sûr, tronçonneuse rugissante, tout est bon pour réduire en bouillie nos jeunes imprudents possédés par une puissance démoniaque qu’ils ont délivrée des Enfers, les andouilles. Si les scènes gore arrachent tout, littéralement, dommage que les "à-côtés" ne suivent pas : interprétation approximative (sauf pour Jane Levy dans le rôle de Mia), personnages insignifiants, prologue inutile, montage paresseux, trop de musique, scènes ratées (l’avant-dernier acte en particulier)… Au moins le final réserve-t-il un véritable déluge d’hémoglobine qu’on était en droit d’attendre, et là-dessus, Alvarez n’a lésiné sur rien. Plus débilo-jouissif que super flippant, ce Evil dead 2013 n’est pas vraiment la tuerie annoncée, mais reste quand même une efficace et sympathique petite boucherie entre amis.

 

3 étoiles

Par mymp - Publié dans : Films - Communauté : Cinéma
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Samedi 20 avril 2013 6 20 /04 /Avr /2013 18:00

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Voici donc la nouvelle sensation choc des festivals internationaux où le premier long-métrage de Maja Milos a fait grand bruit (le film est interdit en Russie) tout en récoltant pas mal de prix. Vision cash & trash d’une adolescence en perdition (et d’une Serbie pas super glamour), au même titre que les films de Larry Clark (Kids, BullyKen Park) ou d’autres collègues du sérail (Clip rappelle beaucoup Ils mourront tous sauf moi de Valéria Guermanika sorti en 2008), Clip ne s’embarrasse d’aucune gêne, style je t’emmerde avec mes scènes de sexe explicites et mon nihilisme larvé imbibé (la scène finale, puissante et tordue comme il faut).

 

De soirée en nouvelle soirée, d’alcool à flots en lignes de coke, de pipes en vitesse en sodomies brutales, Jasna, 16 ans, tente de s’affirmer et de conquérir Djole, un jeune branleur sur lequel elle a flashé grave, prête à beaucoup (à trop) pour le choper et le garder entre les jambes. Ce ne sont pas nécessairement les nombreuses scènes hard et quasi pornographiques qui viennent soudain nous offenser (on en a vu d’autres), mais la profonde crédulité de Jasna qui suppose que jouer les putains et les filles faciles à 16 ans, c’est aimer carrément et être aimée encore plus. C’est dans ces moments d’égarement physique et émotionnel que le film frappe fort et touche là, quand Jasna, après s’être fait prendre ou avilir (séquence remuante où elle joue la chienne à quatre pattes par terre), se retrouve seule et désemparée (il faut voir comment Djole la laisse en plan à chaque fin de leurs petites affaires, et avec quelle insolence aussi il la jette), a priori consciente de l’indignité de son comportement.

On croit pourtant à un moment que l’amour est vraiment possible entre ces deux-là, et Djole semble plus réceptif, plus attentionné et plus câlin, puis finalement tout s’écroule dès qu’on déballe les sentiments, dès qu’on se montre vulnérable. Les rapports à l’amour et au sexe, loin de toute sensualité, sont sans cesse dénaturés, viciés jusqu’à l’os. Les rengaines dance pop qui résonnent déversent ad nauseam leurs paroles niaises où la femme n’est qu’un simple objet de désir condamnée à être toujours au top, disponible, parfaite, experte, excitante, languissante et si possible pas chiante. Modèle truqué par lequel tu penses les relations, par lequel t’imagines plaire, t’imagines séduire, taper dans l’œil ou taper dans le mille, sans en saisir la cruelle tyrannie. T’es jeune et jolie, alors tu t’en fous pas mal.

Les mecs jouent les caïds et veulent des filles genre salopes qui allument et qui sucent bien. Les filles croient aux sentiments et que donner son cul, c’est se faire aimer et respecter, de son mec et puis aussi des autres filles, pour crâner (voir la scène où Jasna, réduite à pomper Djole dans les toilettes du lycée, s’en vante ensuite auprès de ses copines, aveugle au pitoyable de la situation). On pourra éventuellement rechigner au fait que le film ne raconte rien de nouveau puisque le sujet a déjà été maintes fois abordé ailleurs, et qu’il force parfois un peu la dose sur certains trucs (éducation zéro, malaise familial, décrépitude sociale, ici no future…).

 

Pas moraliste, pas complaisante, frontale et directe sans vouloir dresser un portrait absolument abouti ou aimable tout gentil (bien au contraire), Maja Milos ne cherche ni la convenance ni le compromis (tant pis pour ceux qui trouveront son film facile et déplacé). Elle colle aux basques de Jasna (impressionnante Isidora Simijonovic) dans sa folle détermination béhavioriste et son besoin incessant de filmer avec son téléphone portable (pour quoi ? Par pur narcissisme exhibé ensuite sur YouTube ou sur Facebook ? Pour prouver qu’elle est bien vivante quand son père agonise ?). À l’âge des possibles, rien ne fait envie sinon la queue ; tout est incertain, intangible dans les pixels baveux des écrans, mais qu’importe puisqu’il faut vivre, et même avec du sperme sur la gueule.

 

3 étoiles et demi

Par mymp - Publié dans : Films - Communauté : 1 article = 1 film
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Mardi 16 avril 2013 2 16 /04 /Avr /2013 12:00

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Cinq minutes à peine ont passé qu’on sent déjà le truc venir, mais si, ce truc gluant et tenace qui vous plombe un film en beauté, ce truc gluant et tenace qu’on appelle l’ennui… Puis dix minutes s'écoulent, puis après trente, ensuite une heure, finalement deux, et toujours rien, c’en est à pleurer ; aucune fièvre, aucun rire (ou si peu), aucune empathie pour les personnages, que dalle, même pas pour cette pauvre petite souris grise à moustaches noires. Certes, ça fourmille de trouvailles et d’inventions à la microseconde et dans tous les recoins possibles du cadre, dans les situations, les décors, la mise en scène, partout. Résultat : trop d’idées gondriennes tue l’idée gondrienne. 

Et tue surtout l’émotion qu’on était en droit d’attendre devant cette tragique histoire d’amour qui a empoisonné nos vies lycéennes entre Zola, Balzac, Barjavel, premier râteau et première fumette. Gondry fait juste nous resservir la soupe qu’il mitonne depuis des années, et L’écume des jours ressemblera donc à un interminable clip de Björk, de The white stripes ou de The vines, ou même à un épisode de Téléchat en mode "Le petit Boris Vian illustré". Certaines séquences sont très réussies, ne mégottons pas (le mariage, la scène à la patinoire, l’envolée au-dessus de Paris dans un petit nuage…), mais c’est vraiment pas grand-chose face à ce fourbi sponsorisé par Mr. Bricolage qui n’arrive jamais à toucher, espèce de réplique sismique des dernières daubes de Jean-Pierre Jeunet, les filtres jaunes en moins.

Le film est comme un bric-à-brac d’objets et d’idées qui aurait tout enseveli sous ses trois tonnes de bonnes intentions et de tics tocs visuels. Et puis que les acteurs sont fades ! Qu’ils sont penauds ! Qu’ils sont mauvais à déclamer les mots de Vian sans leur donner chair, sans les posséder ou les violenter. En même temps, faut être réaliste quoi : avec un humoriste pas drôle qui se prend pour un comédien, un mec qui a répondu au téléphone pendant des années et qui se prend aussi pour un comédien, une actrice qui minaude ou qui tousse et un acteur qui commence sérieusement à hérisser le poil (et Dieu sait qu’il en a), fallait pas s’attendre à de l’Actors Studio.

Le film sait être fidèle au bouquin et à son incroyable fantaisie, mais reste purement illustratif, joliment artisanal (fuck the 3D), obsédé par sa recherche d’imaginaire tarabiscoté en oubliant de construire un récit passionnant, d’en extraire sa substantifique grâce. Gageons qu’il y aura des gens bien attentionnés (il en faut) pour déceler dans ce machin un sommet d’ingéniosité et de sensibilité poétiques. Les autres iront pourrir en enfer, myopes des yeux, myopes du cœur et myopes du cul, incapables de ressentir la chose, d’en vanter l’excentricité, la tendresse, la candeur, et de s’extasier à la vue de Philippe Torreton dans une pipe volante ou d’Alain Chabat dans un frigidaire (moi perso, j’y suis pas arrivé). Gondry, ou l’art de transformer l’écume des jours en mousse auto-nettoyante. 

 

Michel Gondry sur SEUIL CRITIQUE(S) : The we and the I.

 

1 étoile et demi

Par mymp - Publié dans : Films - Communauté : Webzine cinéma
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