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Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 12:00

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Le Royaume-Uni, quand il fait des films, semble s’acharner à montrer toujours les mêmes choses, ces choses qui minent, qui rongent une société post-Thatcher et post-travailliste : violences diverses, misère, alcool, chômage, ciel bas et désœuvrement plein les yeux. Certes, il y a eu les Monty Phyton, Benny Hill et The office pour la gaudriole (et Peter Greenaway ou Derek Jarman pour la caution intellectuelle à forte tendance esthétique), mais en général, l’ambiance n’est pas (plus) vraiment à la fête. Tyrannosaur, première œuvre vigoureuse du comédien Paddy Considine, paraît trop vomir, trop concentrer ces quelques douleurs de l’existence (le film n’est jamais loin d’un excès misérabiliste, d’un manque de subtilité et d’un sentiment de déjà-vu aussi), mais offre surtout le poignant portrait de deux êtres perdus dans la grisaille d’une ville grisâtre, magma de bières et de dèche, guidés ou abandonnés par Dieu, par la foi et la bonté, par l’amour et une forme de rédemption.

Deux destins cabossés, deux vies heurtées qui se cognent encore, qui battent et qui résonnent. Considine parvient à les saisir comme à l’arrachée grâce à une mise en scène sobre, très proche des gueules pour mieux les magnifier et s’en éblouir (et même si elles sont fatiguées, et même si elles sont bouffies, ravagées par les blessures). Il s’autorise aussi, parfois, des visions aux allures de mauvais rêves, de rêves crasseux et sales : Hannah trimballant son visage de plus en plus tuméfié, celui du jeune Sam, défiguré sur un côté quand il paraît nous regarder pour la dernière fois, un mourant à la respiration fantomatique, ou encore Joseph couvert de sang, une machette à la main, assis avec la tête coupée d’un chien sur les genoux. Images denses, dévorantes, venant contrebalancer, dans cette envie de louer le film, un manque de rythme qui nuit à l’âpre opiniâtreté de l’histoire.

Tyrannosaur vaut aussi (surtout ?) pour ses deux acteurs principaux, Peter Mullan et Olivia Colman, lui grognon et à vif, elle presque en état de grâce. Mais c’est davantage Colman qui prend à la gorge, qui nous empoigne, et plus que l’interprétation rageuse/rugueuse de Mullan (qui fait du Mullan, pourrait-on dire). Son personnage, bouleversant, dévoré de l’intérieur (superbe scène où Hannah perd pied face à la réalité de son acte), rappelle la magnifique Ladybird de Ken Loach (son meilleur film sans doute), femme battue, privée de ses enfants, de son identité profonde, et refusant de sacrifier sa dignité. Ce couple hésitant, éclopé, beau et touchant dans sa perdition, est la lumière vacillante (mais certaine) au cœur d’une nuit de cauchemars faits de chiens hurlants, de coups dans la tête et d’un petit lapin en morceaux.

 

3 étoiles

Par mymp - Publié dans : Films - Communauté : Cinéma
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Commentaires

Une fois de plus, nous sommes approximativement d'accord (?). Tu spoiles pas mal je trouve sur coup là...
J'ai adoré le travail du directeur photo.
Commentaire n°1 posté par Chris le 27/04/2012 à 23h44
Le voilà le film de ce début d'année. Porté par deux acteurs extraordinaires. Remarquable.
Commentaire n°2 posté par Wilyrah le 28/04/2012 à 12h31
L'auteur de ce blog fait enfin preuve de bon goût, ça fait zizir.
Commentaire n°3 posté par ASBAF le 02/05/2012 à 20h04
C'est toujours un peu bordeline mais au final un vrai choc pour deux acteurs en état de grâce...
Commentaire n°4 posté par ffred le 02/05/2012 à 22h12
Ouais et bein pour moi c'est non, ton introduction sur le cinéma anglais est pour moi la principale raison pour lequel ce film est "pointless". S'il ne peut pas dire plus, pourquoi ne pas montrer mieux ? Grosse déception.
Commentaire n°5 posté par Ben le 03/05/2012 à 10h24
Oui pour les acteurs et actrices, magnifiques. Oui pour Ladybird, excellent. Le film est cela dit bon mais un peu trop misérabiliste comme tu n'oses pas l'affirmer mais comme tu le sous-entends... :p
Commentaire n°6 posté par neil le 08/05/2012 à 09h58
Il a l'air vraiment pas mal comme film. Et j'aime bien Mullan comme acteur.
Commentaire n°7 posté par 2flicsamiami le 08/05/2012 à 11h27
Le petit lapin morceau ... une scène à déchirer le coeur ;-). Et la vengeance de Mullan impressionnante !!
Commentaire n°8 posté par Marcozeblog le 12/05/2012 à 09h12
Finalement, ce film ne vaut PRESQUE QUE pour le tandem (quoique l'époux de Hannah est déroutant, c'est une "gueule") ; il ne fait que s'inscrire dans le cinéma social que tu décrit dans le premier paragraphe (je valide tout d'ailleurs). Tyrannosaur se fond dans les codes, il n'a donc que son éventuelle puissance émotionnelle pour séduire ; personnellement, j'ai été sensible mais ça me paraît bien limité comme proposition de cinéma.
Commentaire n°9 posté par Zogarok le 18/05/2012 à 10h02
Vu hier (en séance de rattrapage), je me suis d'abord fait la même réflexion à me dire que le cinéma anglais aimait quand même souvent nous montrer son côté le plus sombre (Chez Loach, Leigh, Arnold, Mullan... ou The War Zone aussi auquel je pense et qui est tellement drôle...). Celui-ci m'a noué le ventre, la prestation d'Olivia Colman m'a tué... du coup, même si le film va (très) loin dans la misère, il est un de mes gros coup dans la gueule de l'année... et comme j'aime ça...
Commentaire n°10 posté par heavenlycreature le 27/12/2012 à 10h07

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